Le psy qui allait mal

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Il y a une dizaine d’années, ou plus peut-être, je me souviens que nous avions organisé avec quelques collègues, lors d’un grand congrès de psychiatrie, un symposium consacré aux relations entre thérapeutes et patients, auquel nous avions invité des représentants d’associations de patients à venir parler à nos côtés. Du coup, c’est logique, de nombreux patients membres de ces associations étaient présents aussi dans le public. Cela ne se faisait pas trop à l’époque, et pas mal de nos confrères étaient hostiles à l’idée de mélanger ainsi les genres. Mais nous pensions que les avantages de ce genre de rencontres étaient très supérieurs aux inconvénients.
Malheureusement, à un moment, une main se lève dans la salle et un monsieur à l’oeil légèrement fixe se dresse pour poser une interminable et incompréhensible question, sur un ton exalté. Sourires entendus ou compatissants de quelques-uns : «voilà ce qui se passe quand on invite des patients…» Je me sens un peu embarrassé, mais je me dis que bon, c’est la vie, avec ses surprises et ses imperfections.
À la fin du symposium, le monsieur vient me trouver et m’explique, toujours assez exalté, qu’il est fait médecin psychiatre. Comment dire ? J’étais ennuyé pour lui, bien sûr, mais j’étais aussi et surtout soulagé ! Que celui qui soit apparu dans le rôle social du «fou» ait été un soignant me paraissait moins ennuyeux que si ça avait été un patient.
Bien sûr, on passe d’un stéréotype (les patients des psys sont des fous) à un autre (les psys sont aussi fous que leurs patients). Mais les psys peuvent mieux se défendre que leurs patients, alors comme on dit, c’est moins pire…

Illustration : un psy légèrement perturbé à son retour d’Inde (mais il a vu et appris tant de belles choses…).