Les 7 familles de caresses

 

 

« L’amour humain ne se distingue du rut stupide des animaux que par deux fonctions divines : la caresse et le baiser. » Cette remarque est de l’écrivain Pierre Louÿs, oublié aujourd’hui, ami d’André Gide, qu’on commence à oublier un peu lui aussi. Mais je ne suis pas là pour vous parler des écrivains oubliés, revenons aux caresses, notre sujet du jour.

Pierre Louÿs s’étonne que les animaux, qui aiment souvent les caresses par ailleurs, ne les impliquent pas dans leur vie sexuelle. Et il nous rappelle que les humains ont développé un art de la caresse très riche, et qui d’ailleurs ne se limite pas à la sexualité, mais va bien au-delà…

C’est pourquoi je vous invite, en tout bien tout honneur, bien sûr, à découvrir le jeu des 7 familles des caresses.

  • Première famille, la plus évidente, les caresses de tendresse et d’affection : celles des parents pour leurs enfants, celles de nos proches qui viennent nous consoler lorsque nous avons du chagrin, toutes les caresses de la douceur et de l’affection…
  • Deuxième famille, évidente elle aussi, les caresses liées à la sexualité : elles seraient le propre de l’homme selon certains, nous le disions tout à l’heure…
  • “When I get that feeling / I want sexual healing”… La célèbre chanson de Marvin Gaye, Sexual healing, évoque la guérison par le sexe, ou le sexe médecin… Et nous en venons, habile transition, à la troisième famille, les caresses pour soulager ou pour soigner, que l’on dispense aux patients qui souffrent, ou les caresses pour accompagner, offertes aux personnes en fin de vie ; nous pourrions aussi rattacher à cette belle famille les caresses appuyées que représentent les massages thérapeutiques…
  • Quatrième famille : nous connaissons tous désormais le paiement sans contact, mais les caresses peuvent elles aussi se ressentir sans contact : par exemple, la caresse du vent tiède sur notre peau, en été ; ou la caresse d’une voix dont le timbre ou l’élocution sont doux à nos oreilles et nous nous font du bien…
  • Cinquième famille, ma préférée : les caresses des gros bourrins. Celles qu’on se donne entre partenaires, au rugby par exemple, avant un match pour s’encourager, ou après pour se féliciter ou se consoler : coups de tête, coups d’épaules, grosses taloches sur la nuque. Mais oui, ce sont des gestes de tendresse ! Ce sont bien des caresses, mais masquées et musclées par la pudeur.
  • Sixième famille, les caresses basées sur la science. Les caresses ont été étudiées, par exemple à l’aide de robots réglés pour caresser des volontaires à différentes vitesses : 0,5 cm par seconde, ou 5, ou 50cm/s ; de l’avis général des volontaires, c’est la caresse où la main se déplace à 5cm/seconde qui est la plus agréable. Il existe des fibres nerveuses spécifiques, les fibres CT, dédiées à la perception des caresses. Ce sont elles qui nourrissent ce que les chercheurs nomment le toucher affectif, ou social. Si ces fibres sont inactivées chez des souris, les animaux diminuent fortement leurs temps d’interactions sociales. Si au contraire elles sont stimulées, les souris augmentent le temps qu’elles passent à se chercher, se toucher, échanger. Il en est sans doute de même chez les humains ; il semble par exemple que les personnes souffrant d’autisme, qui supportent mal le toucher et donc les caresses, aient des troubles neurologiques de la sensibilité tactile…
  • Et enfin, la septième famille, la plus triste : celle de toutes les caresses non données, qu’on a eu envie d’offrir, mais qu’on n’a pas osé accomplir ou proposer. Toutes ces caresses que notre corps nous conseillait de faire, mais que notre cerveau a bloquées et refoulées à la frontière de la peau…

Ah, rien que d’en parler, j’ai envie de me lever et d’aller caresser la joue de mes proches, de faire des embrassades aux inconnu(e)s croisé(e)s dans la rue !

Et à vous aussi, mes chères lectrices, mes chers lecteurs, ça me donne envie de vous envoyer mes plus sincères caresses et accolades fraternelles, par la voie de l’écrit.

Voilà, c’est fait ! Et vous aussi, faites passer, tout autour de vous, dès aujourd’hui : caressez donc vos proches et vos amis ; si la situation s’y prête, évidemment…

 

Illustration : concours de caresses dans la campagne anglaise au XIXème siècle.

PS : cet article reprend ma chronique du 25 octobre 2022 dans l’émission de France Inter, Grand Bien Vous Fasse.