Se sentir coupable d’être heureux à Noël ?

 

 

Le bonheur sans nuages, ça n’existe pas.

Ou pas bien longtemps. Quand nous pensons à Noël, quelles images arrivent à notre esprit ? Sans doute : fête, famille, réveillon, cadeaux, feu de cheminée…

Nous pouvons rester dans cette bulle, nous protéger du réel, des médias, de la rue, nous couper du monde ; la tentation est grande, parfois, de souffler un peu. Mais si nous vivons les yeux ouverts, d’autres images vont se superposer très vite aux précédentes : guerres, souffrances, misères et injustices faites à chaque instant, partout dans le monde. Pendant que nous réveillonnerons, des humains trembleront de froid, de peur, de désespoir.

Morsure alors de la tristesse ou de la culpabilité ; comment en desserrer la mâchoire ?

L’apparition d’une émotion douloureuse nous aide à réagir face à un réel qui blesse nos attentes ou nos idéaux ; mais sa persistance, subie passivement, nous fait inutilement souffrir. Voilà quelques années que la psychologie positive s’est penchée sur la question : elle ne prétend plus, comme à ses débuts, qu’il nous est possible de vivre des bonheurs complets et constants. Elle s’est plutôt attachée à résoudre ce dilemme : comment être heureux quand il y a du malheur autour de nous ?

D’abord, en se rappelant ceci : inutile de m’interdire le bonheur. Me laisser aller au malheur ne diminue pas le malheur du monde, ma tristesse ne fonctionne pas comme une éponge qui absorbe et soulage la détresse des autres. Au contraire, tous les travaux montrent que le malheur et le chagrin poussent à moins agir, là où les émotions heureuses (bonheur, joie, gratitude) poussent vers les autres et vers l’action. Si je souhaite changer le monde, je le ferai mieux en étant heureux.

Ensuite, en profitant de cet inconfort pour comprendre que le bonheur le plus fort est un bonheur lucide, et non un bonheur aveugle, par peur ou par déni.

La vie, c’est naître, souffrir et puis mourir. Voilà le programme pour tous les humains !

On comprend alors qu’il ne faut pas en rester là, et ouvrir grand notre porte à tous les moments de bonheur : se permettre le bonheur, prendre son énergie, sa lumière, sa force. Le savourer pleinement quand il est là, c’est cela qui nous permet de supporter, traverser et résoudre les adversités.

Vivre le bonheur est d’autant plus important que la vie est dure, parfois (pour nous), souvent ou tout le temps (pour d’autres sur la planète). Ne nous empêchons surtout pas d’être heureux !

Et si la petite musique triste du monde résonne en nous, alors qu’elle nous pousse à l’action : dons, bénévolat ; et pour les fêtes à venir, à la bienveillance et la compréhension, car nous allons côtoyer des proches que l’on aime mais qui parfois aussi nous agacent !

Quand la culpabilité du bonheur nous titille, s’en réjouir (mieux vaut un bonheur lucide qu’aveugle) puis agir : en faire quelque chose de bien plutôt que rien, choisir l’action plutôt que la rumination.

Allez, bonnes fête, heureuses et lucides !

 

Illustration :

  • Le Diable : “C’est l’âme de quelqu’un qui a été heureux à Noël malgré les malheurs du monde, je la prends !”
  • Saint-Michel : “Non, on a droit d’être heureux à Noël, et cette âme a fait du bien autour d’elle, de son mieux, elle vient chez nous !”

(la pesée des âmes, fresque romane du Musée de Vic, en Catalogne espagnole).. 

PS : cette chronique a été publiée à l’origine dans Psychologies Magazine en janvier 2023.