Terriennes et terriens

 

Comme tout le monde, j’ai des clichés plein la tête : les hommes sont agressifs et rêvent de rouler en 4×4, les femmes sont bienveillantes et préfèrent les balades en vélo. Et donc, comme tout le monde, je pense que la femme est l’avenir de l’homme, surtout en matière d’écologie. Mais quels sont les faits derrière ces généralités ?

Concernant les différences psychologiques, on a coutume de considérer que les femmes sont par exemples plus sensibles, meilleures communicantes, que dès leur jeune âge, les petites filles ont davantage goût pour les liens et le calme, les petits garçons pour la compétition et le tapage, etc.

Or, ce n’est pas si simple à prouver : la plupart des travaux scientifiques sur les différences psychologiques entre femmes et hommes tendent à montrer des différences souvent minimes et vraies seulement en moyenne : il existe autant de différences entre les femmes elles-mêmes (certaines adorent les cigares, le pouvoir et le steack tartare) et les hommes eux-mêmes (certains détestent la bagarre, adorent s’occuper des enfants et faire des tartes aux pommes), que de différences entre les femmes et les hommes.

Et ces différences sont culturelles encore plus que biologiques. En tant que père de trois filles, je me souviens avoir été très tôt sensibilisé aux conditionnements sociaux à être fille ou garçon : je prenais garde de ne pas féliciter mes filles que pour leur douceur ou leur grâce, mais aussi pour leur intelligence, leur énergie, leur combativité.

J’avais rédigé en l’an 2000 (la préhistoire…) un grand article dans le journal Le Monde sur le sexisme qui régnait encore dans les livres pour enfants et les manuels scolaires ; jusqu’à la fin du XXème siècle, dans les familles Ours ou Lapin, les soirées étaient toujours représentées de la même façon : Maman à la cuisine et Papa au salon, lisant le journal ou regardant la télé. Les choses ont changé depuis : la partage des tâches ménagères et des pouvoirs sociaux est devenu un idéal incontestable, en attendant de se transformer en réalité tangible et universelle.

Souvent les femmes trouvent que ces changements ne vont pas assez vite et elles ont raison : extirper des habitudes du fond de nos cerveaux, cela peut prendre des années voire des décennies. Ainsi, nous avions publié en 2020, avec mes amis Matthieu Ricard et Alexandre Jollien, un Abécédaire de la Sagesse. Nous en étions fort contents, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive, au dernier moment, que nous n’avions évoqué aucune femme sage dans le livre !

Encore un cliché : la sagesse, c’est une histoire de vieux messieurs barbus et bienveillants. Mais des femmes sages, il y en a bien sûr toujours eu, même si l’Histoire les a volontiers invisibilisées. Ce que, penauds, nous mentionnâmes in extremis….

Bonne nouvelle : autant citer des noms de femmes sages réclame un petit effort, autant citer des noms de femmes grandes figures de l’écologie s’avère simple ! De Rachel Carson à Greta Thunberg, en passant par Jane Godall, la liste est longue. Et je puise de cette présence des femmes dans la défense de la Terre deux raisons de me réjouir.

La première est une certitude : le grand rééquilibrage des pouvoirs est en marche. La deuxième est une espérance : sans preuve scientifique aucune, j’ai l’intuition que les femmes feront mieux avancer la cause écologique que les hommes. On en reparle dans quelques années ?

Illustration : un petit tableau de l’écrivaine danoise Karen Blixen (mais si, vous connaissez : Out of Africa…).

PS : cet article a été publié dans la revue Kaizen au printemps 2021.