Nulle et nul en répartie ? Bienvenue au Club de L’Escalier !

 

 

Avoir de la répartie, c’est se montrer capable d’avoir des répliques rapides, drôles, brillantes dans le cours d’une conversation, en général en réponse à des critiques que l’on nous fait ou des affirmations qui nous agacent.

Certaines réparties sont légendaires, à défaut d’être authentiques.

Ainsi, celle adressée à une dame qui disait à Churchill, grand misogyne : « si j’étais votre épouse je mettrais du poison dans votre thé. » Et lui de répondre : « et moi, si j’étais votre mari, je le boirai ! »

Ou celle de Jacques Chirac, répondant à quelqu’un qui lui criait « connard ! » lors d’un bain de foule : « enchanté, moi c’est Chirac ! »

Ah la la ! J’ai toujours admiré les gens qui avaient de la répartie, moi qui en suis totalement dépourvu, et qui ne trouve l’éventuelle bonne réplique que 3 jours après, au mieux.

Du coup, ce talent de la répartie qui me manque, et que j’aurais rêvé d’avoir, m’a toujours poussé à observer les personnes qui en disposaient, pour tenter de comprendre leurs secrets, on ne sait jamais.

Il me semble que pour avoir de la répartie, il faut disposer bien sûr d’un sens aigu de l’observation ; mais cibler ce sens de l’observation surtout sur les failles et les défauts des autres, plus que sur leurs bons côtés. Il faut donc se tenir un peu en retrait émotionnel de la discussion, pour identifier très vite faiblesses ou incohérences du discours d’autrui, et donc le juger en permanence, le passer au scanner de son sens critique.

Il faut aussi une petite dose de vacherie ; pas de la méchanceté, non, pas l’envie de faire mal, mais la capacité à le faire. Avoir de la répartie, cela suppose être prêt à fâcher autrui pour un bon mot. C’est une prédisposition à l’ironie plus qu’à l’humour ; dans l’humour on rit de soi et de tout le monde, on rit avec les autres ; dans l’ironie, comme dans la moquerie, on fait rire les autres mais contre quelqu’un.

C’est bien, la répartie, ça apporte plein d’avantages : on montre qu’on a de l’esprit, qu’on est vif, intelligent ; ça offre aussi une petite supériorité mondaine et sociale, on est un bon invité pour une soirée, ou un bon client pour les médias ; ça offre une certaine immunité aussi, car les autres réfléchissent à deux fois avant de nous chambrer ou de nous contrarier.

Et puis, faire rire ou sourire un groupe, c’est quand même une bonne action dans nos quotidiens souvent ternes. Alors, merci aux répartissantes et répartisseurs !

Et quand on n’a pas de répartie ? Dans ce cas, bienvenue au club ! Au club de L’Escalier.

Comme son nom l’indique, c’est un club réservé aux personnes qui ont « l’esprit de l’escalier », qui ne trouvent la bonne réplique qu’après la soirée, en descendant l’escalier.

On doit cette expression à Diderot, qui en était lui-même affligé, ainsi que Rousseau ou Verlaine ; ce qui console un peu. Gainsbourg faisait aussi partie du club, lui qui aurait dit un jour : « moi, je n’ai même pas l’esprit de l’escalier, mais carrément celui de l’ascenseur en panne… »

Pour n’avoir pas de répartie, il faut sans doute une certaine naïveté ; une tendance à toujours commencer par croire que ce que disent les autres, à imaginer que tout le monde est sensé, sincère et légitime ; une tendance à toujours chercher à comprendre, à excuser, à pardonner ; une tendance à raisonner comme le philosophe Spinoza, qui écrivait : « Ne pas railler, ne pas mépriser, ne pas détester, mais comprendre. »

Se trouver aux côtés de Diderot, Rousseau, Verlaine ou Spinoza : voilà qui consolera peut-être les membres et membresses du Club, la prochaine fois qu’ils redescendront l’escalier…

 

Illustration : vous ou moi, en train de chercher la bonne répartie…

PS : cet article reprend ma chronique du 14 janvier 2025, que vous pouvez écouter ici ; c’était dans l’émission de France Inter, Grand Bien Vous Fasse.